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28.01.2012

BROWNELL CARR

BLEU


La pluie tape
Dans une danse délicate et garnie de plumes
Le long de l'Hudson .



Le monde entier est bleu,
Un bleu qui fond
Le ciel et l'onde et le lointain rivage ,
Dans un ton calme .



Un remorqueur, voguant lentement,
Traîne une écharpe grise
Parmi les lumières miroitées de l'eau .

 

Mes pensées qui vous cherchent
Ce soir
Sommeillent dans la brume
Grise et bleue .
Myosotis .

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03:30 Écrit par DANY DU SUD D'EN BAS | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note |  Facebook

24.01.2012

JAUFRE RUDEL

AMOUR LOINTAIN

 

 Lorsque les jours sont long en Mai,

J'aime ouïr les oiseaux lointains ;

Et quand j'ai fini d'écouter,

Je songe à l'amour lointain .

Je vais courbé par le désir,

Et les champs, les fleurs d'aubépine

Valent les glaces de l'hiver .

 

Certes je crois que le seigneur

Me fera voir l'amour lointain,

Mais, pour un bien qui m'en échoir,

J'ai deux maux, tant il m'est lointain .

Ah ! Que ne suis pèlerin

Pour que ma cape et mon bâton

Soient contemplés par ses beaux yeux !

 

Quel plaisir de lui demander

Au nom du ciel l'abri lointain !

Car, s'il lui plaît, je prendrai gîte

Auprès d'elle, moi le lointain .

 

Gianfre Rudel, ch'uso la vela e'l ramo

a cerca la sua morte -----

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03:17 Écrit par DANY DU SUD D'EN BAS | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note |  Facebook

20.01.2012

LOUIS ARAGON

LE TIERS CHANT

Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés

Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées

Je suis la croix où tu t'endors
Le chemin creux qui pluie implore
Je suis ton ombre lapidée

Je suis ta nuit et ton silence
Oubliée dans ma souvenance
Ton rendez-vous contremandé

Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés

Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées

Le mendiant devant ta porte
Qui se morfond que tu ne sortes
Et peut mourir s'il est tardé

Et je demeure comme meurt
A ton oreille une rumeur
Le miroir de toi défardé

Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés

Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées

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03:11 Écrit par DANY DU SUD D'EN BAS | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note |  Facebook

17.01.2012

ARTHUR RIMBAUD 1873

Ophélie



Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

 

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03:05 Écrit par DANY DU SUD D'EN BAS | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note |  Facebook

14.01.2012

Charles GUÉRIN (1873-1907)

 

 

Mélodie païenne

Venez ce soir, m'amie, à la vesprée ;
Pendant qu'au bourg on danse la bourrée,
Vous passerez par la porte du clos,
Et je vous attendrai sous les bouleaux,
Près de la source au soleil empourprée.

Dans la forêt de muguets diaprée,
Par nos pas surprise fuira l'Orée,
Et nos voix feront vibrer les échos.
Venez ce soir,

Et je vous dirai, ô mie adorée,
Mon amour à vos lèvres murmurée,
Eclose en baisers sur vos yeux mi-clos ;

Et dans votre gorge aux clairs et blancs flots
Si vous voulez que ma main égarée...
Venez ce soir.

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11.01.2012

JEHAN TABOUROT dit THOINOT ARBEAU 1520/1595

Pavane

Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l'âme ravie
D'un souris gracieux.
Viens tôt me secourir,
Ou me faudra mourir.

Pourquoi fuis-tu, mignarde,
Si je suis près de toi ?
Quand tes yeux je regarde,
Je me perds dedans moi !
Car tes perfections
Changent mes actions.

Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os.
Ils ont rempli mon coeur
D'une amoureuse ardeur !

Approche donc ma belle,
Approche-toi mon bien !
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon coeur est tien...
Pour mon mal apaiser
Donne-moi un baiser !

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08.01.2012

FELIX ARVERS 1806_1850

Sonnet à mon ami R...

J'avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d'un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.

Une femme modeste, à peu près de mon âge
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d'amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d'été.

J'abandonnais l'amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu'elle seule aurait lus ;

Le ciel m'a donné plus que je n'osais prétendre ;
L'amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l'amour arriva qu'on ne l'attendait plus.

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03:23 Écrit par DANY DU SUD D'EN BAS | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note |  Facebook